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; L'histoire de Piriac
Sur Mer (44) ; Liste des
différentes publications .
par De Boceret


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Beaucoup d'auteurs
ont parlé de l'Ile du Met. Richier avec le scrupule qui
le caractérise en donne une description détaillée et
en vante les charmes comme un poète. Desmars s'est
inspiré de son prédécesseur, il est moins complet mais
tout aussi lyrique. Orieux ne dit pas grand chose et M. Léon
Maître donne seulement la situation de cette voisine de
Piriac. Nous pensons donc que personne nous en voudra de
renvoyer les curieux à nos devanciers et de nous borner
à transcrire ici quelques détails sur les
fortifications élevées dans l'île; le récit du combat
de 1758 en sera plus clair.
- Ces ouvrages de défense
faisaient partie du système appliqué par le Duc
d'Aiguillon à toutes les côtes de Bretagne. Ils se
composaient d'une tour d'environ cinquante pieds de diamètre,
surmontée d'une plateforme, les murs avaient un pied et
demi d'épaisseur. Au-dessous à l'Ouest, un caveau
servait de poudrière. On y descendait par un escalier de
huit à dix pieds de profondeur. Des noms Anglais et Français,
dit Richier, sont inscrits sur ces murs. Un officier
Anglais y a été enseveli et sa tombe est indiquée par
de grosses pierres couchées longitudinalement. A côté
du fort, était un corps de garde. A l'Est, s'élevait
une batterie.
- Depuis longtemps, les
rochers de l'île du Met servaient d'embuscade aux petits
navires anglais et français qui s'y attendaient et s'y
succédaient; bien des combats ignorés ont du se livrer
sur cette mer dangereuse, mais l'histoire ne nous en a
point conservé le souvenir et c'est à peine si l'on
conait celui qui s'y donna en 1758, aussi devons-nous des
remerciements chaleureux à M. Branchu, de Guérande, qui
a bien voulu nous communiquer la lettre qui va suivre?
Elle a été écrite par un sieur de la Guerrande, son
parent, qui habitait Piriac au XVIII eme siècle et dont
la famille existe encore aujourd'hui. Nous ne savons pas
le nom de son neveu, mais il était sans doute dans le
mouvement janséniste et l'allusion que fait le sieur de
la Guerrande au curé de Saint-Croix en serait une preuve.

- "15 septembre
- Je vois bien, Monsieur
et cher neveu, qu'il faut se détacher de
l'espoir de vous posséder ici comme nous le désirions.
Dès lors que Monsieur de Sainte-Croix vous a
fait mystère de ce qu'on lui envoie, c'est une
marque qu'il a besoin de vous.
- Pour nouvelles : hier,
à dix heures du matin, trois de nos quatre
vaisseaux gardiens de la Vilaine (ces vaisseaux
étaient anglais et bloquaient l'embouchure de la
Vilaine), se sont laissés dériver derrière
partant à la droite du cap sur l'île du Met.
Ils ont moullié à deux tiers de la portée de
canon, ils ont arboré le pavillon blanc et les
gens du fort par assurance ont aussi mis cette
couleur. Quant à ce qu'ils ont demandé à l'île
et à ce qu'on leur a répondu ce sont lettres
closes. Après le retour du parlementaire,
l'aubade a commencé sur les trois vaisseaux qui
ont tiré leur volée et ont répété avec la
vivacité la plus grande. Suivant notre estime,
ils ont pu tirer deux cents boulets, envions que
l'île ferait quelque défense, nous nous
trompions. On s'est contenté de tirer deux coups
après quoi le pavillon de France a été amené
: le feu de l'ennemi a cessé aussitôt et tous
les habits rouges et bleus se sont embarqués et
ont été prendre possessions de l'île et y
arborer le pavillon d'Angleterre. Rien ne
transpire, aussi les jugements sont suspendus sur
le motif de cette prompte reddition. Il en faut
de bien considérables pour la colorer. Je sais
d'un officier brave et expérimenté que s'il
fallait céder à des forces aussi supérieures,
il y avait de quoi chicaner la défense et la
faire durer fort longtemps conquante homme sont
peu de choses il est vrai, mais cinquante hommes
jaloux de la gloire de la nation, pourraient
laisser mettre en poudre ce fort que les ennemis
ruineront lorsqu'ils le quitteront et disputer le
champs à la descente. Et enfin pourquoi étaient-il
là ?
-
- L'attaque n'a pas duré
dix minutes au surplus il ne faut pas condamner
personne sur l'étiquette. Ses camarades, je dis
du capitaine le jeune Francal, qui le
vilipendront, devraient attendre comme moi qu'on
en eut des nouvelles. Peut-être l'Anglais ne
s'est-il attaché qu'à démonter les batteries;
s'il y a réussi et qu'il y ait pris du monde et
peut-être le sieur Franval, tout est dit. Il y
avait le chirurgien Didier et trois femmes; rien
n'est encore renvoyé et on ne sait absolument
rien.
-
- Nul autre mouvement ne
va plus des trois vaisseaux assaillants, l'un est
allé reprendre son poste près de la Vilaine,
les deux autres sont près de l'île, l'un au
milieu, l'autre à la tête. Le fort nous parait
n'avoir point reçu d'égratinure, il est à nos
yeux tel qu'il a toujours paru. Dieu nous préserve
de bénir des circonstances, pour rallier à l'île
du Met, bien des chasses marée pourront demander
la protection de ce fort perdu.
-
- Je viens d'envoyer à
M. de la Bourdonnays votre mémoire; il est parti
à Nantes ce lundi; Mme de la Bourdonnays que je
viens de quitter part demain pour le joindre.
Elle vient de recevoir de son mari une lettre qui
lui dit que le roi de Prusse a battu le général
Loudon qui a perdu sept mille hommes et conquante
canons.
-
- Adieu mon cher neveu,
je vous embrasse de tout mon coeur et rends ma
plume à Mme de la Guerrande".
- Cette prise de l'île du
Met par les Anglais, ne fut pas la seule et notre amour
propre national doit se résigner à enregistrer une
autre défaite du même genre, mais si nous ne défendions
pas bien énergiquement cette posséssion d'outre mer, il
faut croire que les Anglais n'attachaient pas non plus
grande importance à leur victoire et à leur prise.
- Young qui voyagait en
France en 1787,et qui put voir les plantations de M. de
la Bourdonnays à l'Auvergnac, prétend que le châtelain
lui raconta un acte de courtoisie du Roi d'Angleterr à
son égard :
- " Il me montra
une petite île ou roche qui lui appartient qu'il
dit lui avoir été prise par les Anglais après
la victoire de Sir Edouard Hawke, mais que le Roi
d'Angleterre eut la bonté de lui remettre après
l'avoir gardée pendant une nuit".
- Ce texte nous avait rendu
perplexe et nous nous demandions, comment il se faisait
que le comte de la Bourdonnays possédait une île que le
gouvernement avait fortifié. Le fait est cependant exact
et l'état ne s'était pas appriprié le fond de l'île.
Cependant le comte de la Bourdonnays ne la possédait pas
au moment de la première affaire, il l'acheta ou plutôt
l'échangea, aux moines de Saint-Sauveur de Redon, en
1772, contre soixante-dix oeillets d marais salants,
ainsi qu'il apparait du registre d'obeissance féodale de
la sénéchaussée de Guérande (archives de Nantes B
1532, 1750, 1772).
- Le capitaine Franval dont
parle le sieur de la Guerrande ne fut pas le premier
capitaine de l'île du Met. En 1745, aussitôt après la
construction, elle était sous les ordres de M. de la
Villeneuve Geslin, capitaine du bataillon de Dinan,
parent de Mme de la Duchesse d'Aiguillon. Il parait que,
dérogeant à l'usage établi, il laissa croître ses
moustaches exemple qui fut suivi par ses officiers et ses
soldats. C'est Desforges Maillard qui nous fournit ces détails
et je se saurait mieux finir qu'en citant un couplet où
il célèbre M. le Gouverneur. Il est tiré d'une chanson
composée presqu'impromptu au milieu d'un dîner d'amis,
chez le poète, le jour de la Saint-Hubert.
De ta moustache
refrisée,
qu'as tu fait brave gouverneur?
c'est Iris qui te l'a rasée,
Cher vainqueur
Nous la portons dit la rusée
Sous le coeur.
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