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"L'Ile Dumet et le combat de 1758"

par De Boceret

 

Beaucoup d'auteurs ont parlé de l'Ile du Met. Richier avec le scrupule qui le caractérise en donne une description détaillée et en vante les charmes comme un poète. Desmars s'est inspiré de son prédécesseur, il est moins complet mais tout aussi lyrique. Orieux ne dit pas grand chose et M. Léon Maître donne seulement la situation de cette voisine de Piriac. Nous pensons donc que personne nous en voudra de renvoyer les curieux à nos devanciers et de nous borner à transcrire ici quelques détails sur les fortifications élevées dans l'île; le récit du combat de 1758 en sera plus clair.

Ces ouvrages de défense faisaient partie du système appliqué par le Duc d'Aiguillon à toutes les côtes de Bretagne. Ils se composaient d'une tour d'environ cinquante pieds de diamètre, surmontée d'une plateforme, les murs avaient un pied et demi d'épaisseur. Au-dessous à l'Ouest, un caveau servait de poudrière. On y descendait par un escalier de huit à dix pieds de profondeur. Des noms Anglais et Français, dit Richier, sont inscrits sur ces murs. Un officier Anglais y a été enseveli et sa tombe est indiquée par de grosses pierres couchées longitudinalement. A côté du fort, était un corps de garde. A l'Est, s'élevait une batterie.

Depuis longtemps, les rochers de l'île du Met servaient d'embuscade aux petits navires anglais et français qui s'y attendaient et s'y succédaient; bien des combats ignorés ont du se livrer sur cette mer dangereuse, mais l'histoire ne nous en a point conservé le souvenir et c'est à peine si l'on conait celui qui s'y donna en 1758, aussi devons-nous des remerciements chaleureux à M. Branchu, de Guérande, qui a bien voulu nous communiquer la lettre qui va suivre? Elle a été écrite par un sieur de la Guerrande, son parent, qui habitait Piriac au XVIII eme siècle et dont la famille existe encore aujourd'hui. Nous ne savons pas le nom de son neveu, mais il était sans doute dans le mouvement janséniste et l'allusion que fait le sieur de la Guerrande au curé de Saint-Croix en serait une preuve.


"15 septembre
Je vois bien, Monsieur et cher neveu, qu'il faut se détacher de l'espoir de vous posséder ici comme nous le désirions. Dès lors que Monsieur de Sainte-Croix vous a fait mystère de ce qu'on lui envoie, c'est une marque qu'il a besoin de vous.
Pour nouvelles : hier, à dix heures du matin, trois de nos quatre vaisseaux gardiens de la Vilaine (ces vaisseaux étaient anglais et bloquaient l'embouchure de la Vilaine), se sont laissés dériver derrière partant à la droite du cap sur l'île du Met. Ils ont moullié à deux tiers de la portée de canon, ils ont arboré le pavillon blanc et les gens du fort par assurance ont aussi mis cette couleur. Quant à ce qu'ils ont demandé à l'île et à ce qu'on leur a répondu ce sont lettres closes. Après le retour du parlementaire, l'aubade a commencé sur les trois vaisseaux qui ont tiré leur volée et ont répété avec la vivacité la plus grande. Suivant notre estime, ils ont pu tirer deux cents boulets, envions que l'île ferait quelque défense, nous nous trompions. On s'est contenté de tirer deux coups après quoi le pavillon de France a été amené : le feu de l'ennemi a cessé aussitôt et tous les habits rouges et bleus se sont embarqués et ont été prendre possessions de l'île et y arborer le pavillon d'Angleterre. Rien ne transpire, aussi les jugements sont suspendus sur le motif de cette prompte reddition. Il en faut de bien considérables pour la colorer. Je sais d'un officier brave et expérimenté que s'il fallait céder à des forces aussi supérieures, il y avait de quoi chicaner la défense et la faire durer fort longtemps conquante homme sont peu de choses il est vrai, mais cinquante hommes jaloux de la gloire de la nation, pourraient laisser mettre en poudre ce fort que les ennemis ruineront lorsqu'ils le quitteront et disputer le champs à la descente. Et enfin pourquoi étaient-il là ?
 
L'attaque n'a pas duré dix minutes au surplus il ne faut pas condamner personne sur l'étiquette. Ses camarades, je dis du capitaine le jeune Francal, qui le vilipendront, devraient attendre comme moi qu'on en eut des nouvelles. Peut-être l'Anglais ne s'est-il attaché qu'à démonter les batteries; s'il y a réussi et qu'il y ait pris du monde et peut-être le sieur Franval, tout est dit. Il y avait le chirurgien Didier et trois femmes; rien n'est encore renvoyé et on ne sait absolument rien.
 
Nul autre mouvement ne va plus des trois vaisseaux assaillants, l'un est allé reprendre son poste près de la Vilaine, les deux autres sont près de l'île, l'un au milieu, l'autre à la tête. Le fort nous parait n'avoir point reçu d'égratinure, il est à nos yeux tel qu'il a toujours paru. Dieu nous préserve de bénir des circonstances, pour rallier à l'île du Met, bien des chasses marée pourront demander la protection de ce fort perdu.
 
Je viens d'envoyer à M. de la Bourdonnays votre mémoire; il est parti à Nantes ce lundi; Mme de la Bourdonnays que je viens de quitter part demain pour le joindre. Elle vient de recevoir de son mari une lettre qui lui dit que le roi de Prusse a battu le général Loudon qui a perdu sept mille hommes et conquante canons.
 
Adieu mon cher neveu, je vous embrasse de tout mon coeur et rends ma plume à Mme de la Guerrande".


Cette prise de l'île du Met par les Anglais, ne fut pas la seule et notre amour propre national doit se résigner à enregistrer une autre défaite du même genre, mais si nous ne défendions pas bien énergiquement cette posséssion d'outre mer, il faut croire que les Anglais n'attachaient pas non plus grande importance à leur victoire et à leur prise.
Young qui voyagait en France en 1787,et qui put voir les plantations de M. de la Bourdonnays à l'Auvergnac, prétend que le châtelain lui raconta un acte de courtoisie du Roi d'Angleterr à son égard :

" Il me montra une petite île ou roche qui lui appartient qu'il dit lui avoir été prise par les Anglais après la victoire de Sir Edouard Hawke, mais que le Roi d'Angleterre eut la bonté de lui remettre après l'avoir gardée pendant une nuit".


Ce texte nous avait rendu perplexe et nous nous demandions, comment il se faisait que le comte de la Bourdonnays possédait une île que le gouvernement avait fortifié. Le fait est cependant exact et l'état ne s'était pas appriprié le fond de l'île. Cependant le comte de la Bourdonnays ne la possédait pas au moment de la première affaire, il l'acheta ou plutôt l'échangea, aux moines de Saint-Sauveur de Redon, en 1772, contre soixante-dix oeillets d marais salants, ainsi qu'il apparait du registre d'obeissance féodale de la sénéchaussée de Guérande (archives de Nantes B 1532, 1750, 1772).

Le capitaine Franval dont parle le sieur de la Guerrande ne fut pas le premier capitaine de l'île du Met. En 1745, aussitôt après la construction, elle était sous les ordres de M. de la Villeneuve Geslin, capitaine du bataillon de Dinan, parent de Mme de la Duchesse d'Aiguillon. Il parait que, dérogeant à l'usage établi, il laissa croître ses moustaches exemple qui fut suivi par ses officiers et ses soldats. C'est Desforges Maillard qui nous fournit ces détails et je se saurait mieux finir qu'en citant un couplet où il célèbre M. le Gouverneur. Il est tiré d'une chanson composée presqu'impromptu au milieu d'un dîner d'amis, chez le poète, le jour de la Saint-Hubert.

De ta moustache refrisée,
qu'as tu fait brave gouverneur?
c'est Iris qui te l'a rasée,
Cher vainqueur
Nous la portons dit la rusée
Sous le coeur.

 

 
 
 
 

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